01 février 2010

A qui profite le crime ?

L’école irréformable

1L’école irréformable est celle de la République. Je vais m’en expliquer.
Il y a en France depuis de longues années une crise de l’enseignement, une crise qui dure et qui s’aggrave de jour en jour.
Cette dégradation et ses innombrables effets malheureux sont reconnus et déplorés depuis plus de vingt ans. Dès les années 80 on entendait partout un concert de gémissements, et nous avions les oreilles cassées de ces cris déchirants : l’école n’est plus l’école, nous criait-on, les enfants ne savant pas lire, les disciplines sont massacrées, l’histoire est morte, le français agonise, les mathématiques sont assassinées. Or, cette lamentation n’a pas cessé. On a même entendu récemment des ministres gémir, MM. Allègre et Ferry par exemple, et plus récemment M. Darcos. Certains éléments du système scolaire, comme la lecture globale, le collège unique et la mixité, sont maintenant l’objet de critiques extrêmement dures.

Mais en vain. Les pleurs et les critiques n’ont aucun effet. Le système est maintenu et semble devoir être maintenu longtemps. De tous côtés des voix s’élèvent et protestent. Comment, demandent-elles, peut-on continuer un tel enseignement malgré toutes les condamnations portées contre lui ?  Peine perdue : ces protestations ne changent rien.
Pourquoi ? Je vois au moins deux raisons.

2La première est que l’on ne veut pas remonter aux causes. Il y a eu entre 1960 et 1977, conduite par les gouvernements de la cinquième république, une « réforme générale de l’enseignement » (c’était l’expression employée alors par le ministère de l’Education Nationale). En même temps on a ouvert le secondaire à tous les élèves sortis du primaire, sans contrôle et sans examen Tout le désordre vient de cette réforme et de cette ouverture. Si l’on ne veut pas reconnaître ces causes, il est inutile de vouloir quelque amélioration que ce soit.

La seconde raison est que la conscience du désastre n’est pas assez vive. On ne réalise pas suffisamment l’énormité du changement introduit dans les années soixante. L’école a subi alors une révolution comme elle n’en avait jamais connu depuis le début de son existence. Du jour au lendemain on a rejeté les lois fondamentales de la connaissance intellectuelle et de l’apprentissage du savoir. Si l’on prenait vraiment la mesure d’une telle atteinte, on mettrait tout en œuvre pour y remédier.

3A condition bien sûr qu’il y ait une volonté politique. S’il y avait cette volonté, il suffirait de deux ou trois lois et de quelques instructions et circulaires ministérielles pour revenir à un enseignement digne de ce nom. Je prends un seul exemple. C’est une simple instruction ministérielle (datée du 7 mai 1963), signée René Haby, directeur des services d’enseignement, qui a détérioré l’enseignement de l’histoire dans le secondaire en limitant les programmes du second cycle à la seule histoire contemporaine. Ce qu’une instruction a défait, une autre pourrait le refaire. De même pour toutes les autres disciplines, de même pour la lecture.

Mais il n’y a pas de volonté politique. Considérons cette dégradation de cinquante années… Combien de politiques l’ont dénoncée ? Un bien petit nombre en vérité. Et toujours pendant les campagnes électorales. Mais l’élection faite, il n’en était plus question. .

La question se pose alors : pourquoi n’y a-t-il pas de volonté politique ?

D’abord parce que les hommes au pouvoir aujourd’hui ne diffèrent pas de ceux qui ont détruit l’enseignement dans les années soixante. Ce sont leurs doubles, ce sont leurs semblables. Si une telle destruction était à refaire, ils la referaient. Et je parle de tous les politiques. Je ne fais pas de différence entre la gauche et la droite. D’ailleurs c’est la droite qui a fait la « réforme générale de l’enseignement » des années soixante, c’est elle qui a voté la calamiteuse loi d’orientation des universités en 1968, c’est elle enfin qui a créé le collège unique (réforme Haby de 1977). La gauche voulait ces réformes, mais, le plus souvent, c’est la droite qui les a faites.

Ce livre délirant dénonce un prétendu complot catholico-gouvernemental contre l'école publique

Ce livre délirant dénonce un prétendu complot catholico-gouvernemental contre l'école publique

L’ignorance généralisée, fruit de toutes ces réformes, ne gêne pas les politiques. Non seulement elle ne les gêne pas, mais elle leur profite. On gouverne mieux un agrégat d’ignorants (au surplus abrutis par la télévision) qu’un peuple instruit et formé dès l’enfance au double exercice de la mémoire et de la raison. J’irai même plus loin. Je dirai que cette fausse école mise en place dans le demi-siècle écoulé convient parfaitement aux politiciens. N’est-elle pas un instrument idéal de manipulation des esprits ? On s’empare des enfants dès le plus jeune âge, on les prive de tout repère dans l’espace et dans le temps, on les sépare du passé de leur pays, on les frustre de leur héritage culturel, et pour finir on les persuade que la connaissance et le respect de l’idéologie démocratique passent avant tout autre savoir et tout autre devoir. Cette école enseigne, comme on dit aujourd’hui, les « valeurs de la République ». Elle est vraiment, selon l’expression consacrée, « l’école de la République ». Et c’est bien ainsi, puisque « la République, écrivait il y a quelques années, l’historien  radical-socialiste Claude Nicolet, est ce qui permet aux hommes d’exister pleinement ».

Nous sommes dans le système de pensée des Lumières, et ce n’est pas un  hasard si les Lumières sont invoquées à tout instant par la classe dirigeante. Ce n’est pas un hasard, et c’est à juste titre. L’éducation nouvelle dont nous subissons aujourd’hui les tristes effets, a été conçue par les philosophes des Lumières. Ces philosophes ont appelé de leurs vœux cette éducation qui s’empare de l’enfant, et au moyen de l’enfant de tout un peuple, et finalement fabrique une nouvelle espèce humaine dont la caste des maîtres et des privilégiés pourra disposer à son gré. A ces êtres fabriqués sur mesure on fera croire qu’ils sont libres, et ils obéiront d’autant mieux… C’est la ruse conseillée par Rousseau au gouverneur d’Emile, et cette ruse dans l’esprit de Rousseau lui-même est applicable au peuple autant qu’à l’enfant : « Qu’il croie toujours être le maître, et que ce soit toujours vous qui le soyez. Il n’y a point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté ; on captive ainsi la volonté même ». Citons également Voltaire : « Il est bon que le peuple soit guidé et non qu’il soit instruit ; il n’est pas digne de l’être ». Ces leçons philosophiques étaient connues depuis longtemps, mais il était réservé à notre époque de les appliquer. Il était réservé aux politiciens de la cinquième république de savoir en comprendre toute la signification et la force. Il ne faut pas compter sur eux pour une amélioration quelconque. Jamais ils ne réformeront le système.

L’école actuelle est irréformable. Si l’on veut retrouver une école digne de ce nom, il ne faut pas l’attendre de l’éducation dite nationale. A moins que l’Etat ne change de nature, il n’y aura pas dans l’avenir d’autre véritable école que l’école vraiment libre, c’est-à-dire entièrement soustraite à la double emprise de l’Etat et de l’idéologie républicaine.

Jean de Viguerie

Posté par pasdesesperat à 15:52 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur A qui profite le crime ?

    Nous avons fait le choix de mettre nos enfants (les deux plus jeunes) dans des écoles toutes petites, dont une est encore hors-contrat, car elle a deux ans.
    Ces collèges sont non-mixtes, et les élèves portent un uniforme.
    l'enseignement est à l'ancienne, même si les profs doivent se baser sur des manuels de l'éducation nationale.
    Les deux grands sont pensionnaires : un à la Flèche et l'autre à Notre Dame d'Orveaux. Là aussi, un enseignement à l'ancienne !
    Et, lors d'une réunion parents-prof, celui de français de mon fils en seconde nous a dit qu'il y avait une poésie par semaine à apprendre dans le Lagarde et Michard, j'ai approuvé à 100%.
    Il me semble que de plus en plus de prof font machine arrière...mais les dirigeants de l'éducation nationale sont ceux qui étaient derrière les barricades en 68. Ils ne vont pas reconnaître leur tort et accepter que leur réforme sert à fabriquer des ânes !

    Posté par noumeanath, 02 février 2010 à 09:03 | | Répondre
  • D'accord avec et l'article et le com.........à nous de veiller..........et de les éduquer ........

    Posté par astridmarie, 05 février 2010 à 20:58 | | Répondre
  • inutile de te dire que je suis complétement d'accord avec cet auteur, surtt avec ce que je vis avec number one!

    Posté par Pacroulette, 19 février 2010 à 17:08 | | Répondre
  • Comme je vous comprend.

    Votre choix me paraît une bonne solution à ce problème car l'école publique bien souvent c'est"marche ou crève"(pardonnez moi l'expression),je trouve cela super triste et on le voit à touts les classes(et même au lycée).Prenez l'exemple d'une enfant dyslexique qui dés le CP accumule des lacunes importantes,on l’envoie chez l’orthophoniste,mais ça ne fait pas tout.
    Et les insinuation débiles de la "maîtresse" de Ce1 qui dit "cette fille est incapable"(textuellement) ça fait très mal à la petite fille qui ne sait plus qui croire ses parents qui dissent qu'elle est capable ou bien cette "prof"...Donc la petite fille choisit heureusement de faire du soutient scolaire et des cahiers de vacances(donc elle travaille plus que les autres,mais ne perd pas courage!) avec ses parents et change de primaire(je précise que c'était un privée sous contrat_comme quoi elles ne sont pas toute bonnes...)pour retourner dans une école encore privée sous contrat(elles ne sont pas toutes mauvaises) et là, peu à peu la petite remonte la pente Cm1 et 2 paraissent plus simple que le Ce2! Collège avec le fameux Brevet (BEPC: pour les intimes!)et lycée durant lequel elle se fait "traitée" d'intello grâce à ces notes et réussit à obtenir 44 pts d'avance à l'épreuve anticipée du bac.
    Cette petite fille c'est moi.
    ps:Je ne parle pas de moi à la 3émme par égocentrisme mais parce que c'est mon histoire... mais c'est aussi difficile à exprimer.

    Posté par lmaichou, 23 juillet 2012 à 10:15 | | Répondre
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